Sommaire Notion Des manquements suffisamment graves La procédure Les conséquences selon la qualification Indemnisation chômage Délais

La prise d'acte est un mode autonome de rupture à l'initiative du salarié, qui reproche à l'employeur des manquements suffisamment graves rendant impossible la poursuite du contrat. Elle entraîne la cessation immédiate de la relation de travail.

En bref

La prise d'acte permet au salarié de rompre immédiatement son contrat en reprochant à l'employeur des manquements graves. Il doit ensuite saisir le conseil de prud'hommes : si les manquements sont établis, la rupture produit les effets d'un licenciement (sans cause réelle et sérieuse, voire nul) ; à défaut, elle produit les effets d'une démission.

Notion

La prise d'acte est un mode de rupture autonome, distinct du licenciement et de la démission, dégagé par la jurisprudence. C'est un acte unilatéral, non équivoque et irrévocable : une fois notifiée, le salarié ne peut se rétracter. Elle est possible à tout moment, sauf pendant la période d'essai.

À ne pas confondre : la démission (rupture à l'initiative du salarié, sans manquement reproché à l'employeur) et la résiliation judiciaire (le juge prononce la rupture, mais le contrat se poursuit pendant l'instance, alors que la prise d'acte le rompt immédiatement).

Des manquements suffisamment graves

Tout manquement ne suffit pas : il doit être assez grave pour empêcher la poursuite du contrat. L'appréciation relève du juge. Sont fréquemment retenus le harcèlement moral ou sexuel, le non-paiement ou les retards répétés de salaire, la modification du contrat sans l'accord du salarié, ou l'absence des visites médicales obligatoires.

En principe, c'est au salarié d'établir les faits ; à défaut de gravité suffisante ou de preuve, la prise d'acte produit les effets d'une démission. En matière de harcèlement ou de discrimination, la preuve est toutefois aménagée : le salarié présente des éléments laissant supposer les faits, à charge pour l'employeur de les justifier objectivement.

La procédure

  • Notification : le salarié informe l'employeur des faits reprochés. Aucun formalisme n'est imposé, mais une lettre recommandée détaillant les griefs est vivement recommandée.
  • Effet immédiat : le contrat est rompu dès que le salarié cesse le travail ; il n'a pas de préavis à exécuter.
  • Saisine du conseil de prud'hommes : pour faire reconnaître les effets d'un licenciement. L'affaire est portée directement devant le bureau de jugement, qui doit statuer dans un délai d'un mois (souvent théorique en pratique).
  • Documents remis : certificat de travail, attestation France Travail et reçu pour solde de tout compte.

Les conséquences selon la qualification

QualificationEffet de la rupturePour le salarié
Prise d'acte justifiée
manquements graves établis
Effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse, voire d'un licenciement nul selon la nature du manquementIndemnités de rupture (licenciement, préavis, congés payés) et indemnité pour absence de cause réelle et sérieuse
Prise d'acte non justifiée
manquements insuffisants ou non établis
Effets d'une démissionIndemnité de congés payés ; aucune indemnité de rupture

Ouverture vers le licenciement nul. Lorsque le manquement caractérise lui-même une cause de nullité (atteinte à une liberté fondamentale, harcèlement, discrimination, salarié protégé, maternité, accident du travail ou maladie professionnelle), la prise d'acte justifiée produit les effets d'un licenciement nul : le barème est écarté et l'indemnité ne peut être inférieure à six mois de salaire.

Indemnisation chômage

Le droit au chômage suit la qualification retenue. En cas de requalification en licenciement, le salarié peut, s'il en remplit les conditions, bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, mais seulement après la décision du conseil de prud'hommes. En cas de requalification en démission, il ne perçoit pas d'allocations. Ce risque d'absence d'indemnisation immédiate doit être anticipé.

Délais

L'action visant à faire requalifier la prise d'acte se prescrit par douze mois à compter de celle-ci. Les demandes de rappels de salaire se prescrivent, elles, par trois ans. Les demandes relatives au salaire, à la discrimination ou au harcèlement relèvent de régimes propres.

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